Valeurs

Laïcité_(en grec)

Laïcité_(en allemand)

Les Frontières de l'Europe. (en allemand)

La devise Liberté, Egalité, Fraternité (en Espagnol)

 

La laïcité

Laïcité : le Petit Robert  nous donne la définition suivante :
Principe de séparation de la société civile et de la société religieuse,
l'Etat n'exerçant aucun pouvoir religieux,
et les Eglises aucun pouvoir politique.
Ernest Renan disait :
"La laïcité, c'est à dire l'Etat neutre entre les religions".

En 1905 et dans les années qui ont suivi,
ce principe de laïcité a été, en France,
une sorte de machine de guerre
contre la puissance de l'Eglise catholique
qui avait jusqu'ici été associée étroitement
à la marche de l'Etat.
Pensons par exemple au Roi St Louis, à Jeanne d'Arc,
au Cardinal Richelieu,
au Cardinal Mazarin.

Il est intéressant de dépasser l'horizon national
sur cette question de la séparation des Eglises et de l'Etat.
Cette séparation existe aussi, même si c'est différemment,
aux Etats Unis.
Mais comme Régis Debray le rappelle
dans son livre
"Dieu, un itinéraire" (pages 276 à 278),
il ne s'agit pas là-bas de
"protéger l'Etat des ingérences des Eglises,
mais l'inverse".
Donc la Constitution américaine veut
protéger les Eglises
des tentatives éventuelles d'ingérence de l'Etat.
Car le point de départ, aux Etats Unis,
c'est le "In God we trust"
(En Dieu nous avons confiance),
acte de Foi national
inscrit
en conséquence,
sur chacun des Dollars qui circulent
en ce Pays
et, par suite, dans le monde entier.
Au pays de la Liberté,
il y a 220 formes différentes de cultes religieux pratiqués.
Il n'est donc pas question que l'Etat privilégie
une façon de croire et de célébrer,
au détriment des 219 autres.

Cette association entre une séparation des Eglises et de l'Etat
et un enracinement du peuple américain dans la foi chrétienne
me donne occasion de rappeler
que le principe de la séparation de l'Eglise et de l'Etat
peut trouver son origine et son fondement
dans la célèbre phrase du Christ :
"Rendez à César ce qui est à César,
et à Dieu ce qui est à Dieu".
Luc, XX, 20 à 26.
L'effigie de l'Empereur (César ici désigne Tibère)
figurant sur les pièces de monnaie,
il faut rendre à César ce qui est à lui,
et donc payer son impôt.
(A Dieu, ce n'est pas des pièces d'or ou d'argent qu'il faut donner,
mais, par exemple,
de la Gratitude).

La neutralisation des appartenances religieuses propre à la laïcité
peut aussi trouver son modèle
dans le comportement du Christ vis à vis des Samaritains.
Le rapport, à l'époque, entre les Juifs de Judée ou de Galilée
et les habitants de la Samarie
était de l'ordre d'une guerre de religion "froide" ou larvée.
Quelque chose comme la tension,
en France,
au XVIème siècle,
entre les catholiques et les protestants,
avant l'éclatement des guerres de religion.
Un Juif pieux se devait absolument d'éviter les contacts
avec les Samaritains.

Malgré ces tensions et ces normes d'évitements,
nous avons la Parabole du bon Samaritain
(Luc, X, 29 à 37)
et nous voyons que Jésus va chez les Samaritains
(Jean, IV, 1 à 42).
C'est là qu'il y a la rencontre,
également très souvent célébrée,
entre Jésus et la femme de la Samarie
à laquelle il demande de l'eau.

La façon dont Jésus se comporte avec ces déviants de la Foi juive
qu'étaient les Samaritains
peut donner à un croyant d'aujourd'hui
un modèle de comportement vis à vis de ceux qui ne croient pas comme lui.
Pour un protestant, par exemple,
celui envers lequel il faut se comporter
avec générosité et compassion,
comme le bon Samaritain de la Parabole l'a fait
(envers quelqu'un qui n'était pas de sa confession religieuse),
cela pourra être un catholique,
ou un orthodoxe.

Et, pour prendre un autre exemple,
se comporter à la façon du bon Samaritain de la Parabole,
cela pourra être,
pour un catholique,
porter aide ou rendre un grand service
à un Musulman
ou bien à un Rabbin,
ou encore à un Bouddhiste.

Nous pourrions rappeler aussi
le comportement de Jésus
vis à vis d'un centurion romain
(Matthieu, VIII, 5 à 13).
Ou celui de Pierre,
également vis à vis d'un centurion romain
(Actes des Apôtres, chapitre X en son entier).

Nous avons donc ici des exemples de ce que nous pourrions nommer
des comportements de neutralisation des appartenances religieuses,
des comportements de type laïc dans l'Evangile,
ou encore,
bien que les mots semblent refuser de s'associer,
la manifestation d'une laïcité chrétienne.

*

Cependant, parlons un peu, à nouveau,
de la laïcité anti-chrétienne
familière à notre Pays.
Le monde de cette laïcité, très implanté dans l'Education Nationale,
est actuellement, en France,
dans une crise.
Avec tous les changements rapides et importants qui adviennent,
ici et là,
de différents côtés,
ce monde se fissure.
Et bien des enseignants,
et aussi des enseignantes,
se retrouvent en consultation chez des thérapeutes.

D'une façon générale,
pourquoi y a-t-il besoin de thérapeutes ?
Parce que quelqu'un a vécu longuement dans "un monde"
et que ce monde, tout à coup,
se fissure, puis s'écroule et disparaît.

Pourquoi "un monde" s'écroule-t-il ?
Prenons ici, pour réfléchir,
un exemple beaucoup plus massif que celui de l'Education Nationale,
même si certains s'amusent à y voir une sorte de
"mammouth".

Voyez l'exemple de l'URSS,
énorme puissance militaire, politique, policière, idéologique.
Et, en quelques semaines ou quelques mois à peine,
cette énorme puissance militaire s'est effondrée sur elle-même
et a disparu de la scène de l'Histoire.

Cette puissance s'était voulue résolument
antichrétienne,
et avait longuement et gravement persécuté là-bas
les chrétiens et la religion orthodoxe.

Or, aujourd'hui,
l'URSS a disparu,
Leningrad est redevenue Saint-Pétersbourg,
et la Russie redécouvre avec ferveur
sa religion chrétienne.

*

Le Mammouth de l'Education Nationale
est presque minuscule
comparé à l'énormité de l'ancienne machinerie bureaucratique soviétique
qui s'est écroulée toute seule sur elle-même
en 1989.

Si tu veux que quelque chose dure, nous dit le Christ,
bâtis sur le Roc,
et non pas sur le sable.
(Matthieu, VII, 24 à 27).

Les Bâtisseurs, souvent,
négligent "la Pierre d'Angle"
qui aurait assuré stabilité et longue durée
à leur œuvre
nous dit l'Ancien Testament
(Psaume 118, 22 à 24).

Ce que j'essaie de dire ici,
c'est que nous connaissons en France,
du fait de notre histoire,
une laïcité antichrétienne.
Or il existe aussi,
dans les Evangiles,
ou aux Etats Unis,
ce que l'on pourrait nommer
une laïcité chrétienne.

Passer d'une laïcité antichrétienne,
traditionnelle en France,
à cette laïcité chrétienne,
ce pourrait être le moyen de nous éviter
bien des écroulements douloureux.

Je le dis à nouveau ; rappelez-vous :
l'URSS était cette puissance énorme,
et tous ceux qui avaient fait d'elle "leur monde"
ont dû vivre une désillusion immense.

Le monde de la laïcité anti-biblique et antichrétienne en France
est moins imposant que ne l'était l'URSS.
Mais, en ce cas aussi,
c'est tout un monde qui se fissure et peut s'écrouler.

L'Europe est également l'œuvre de grands Bâtisseurs.
Mais aujourd'hui, voilà que les bâtisseurs actuels
refusent de reconnaître,
d'énoncer simplement,
cette vérité de l'Histoire
que les racines de l'Europe
sont de caractère judéo-chrétien.

Alors l'Europe est en crise, grave.

Elle est une puissance militairement beaucoup moins forte
que ne l'était l'URSS.
Or l'URSS, qui avait voulu extirper les racines chrétiennes de la Russie
a disparu.

Voulons-nous que la longue et difficile construction européenne,
elle aussi,
un jour prochain,
disparaisse brusquement de la scène de l'Histoire ?

Je cite ici un philosophe qui se réclame de l'athéisme,
André Comte-Sponville :

"J'ai toujours regretté que Jospin et Chirac
aient refusé d'inscrire les racines chrétiennes de l'Europe
dans les textes constitutionnels de l'Union.
Dire que l'Europe est une terre de tradition chrétienne
n'est pas prendre position sur Dieu,
c'est constater une vérité historique.
Isolée de ses racines chrétiennes,
l'Europe n'est plus qu'un grand marché".

La Vie, article "Une spiritualité athée est-elle possible ?"
N° 3189, Semaine du 12 octobre 2006.

Le projet présenté sur ce site
tente l'improbable gageure de réconcilier
la devise laïque
Liberté, Egalité, Fraternité
et les enfants d'Abraham
que nous sommes aussi,
même si,
en France, et en Europe,
certains font beaucoup d'efforts
pour essayer d'oublier leur racines.

Le projet "Trois statues pour l'Europe"
vise à faire passer les Français et les Européens
de la laïcité antichrétienne
qui leur est devenue familière,
à une laïcité chrétienne,
qui existe aussi,
mais que beaucoup refusent de voir.

Soyons vigilants.
Ce refus du Réel
pourrait un jour prochain
mettre les Français et les Européens
devant beaucoup de ruines amères.

 



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Perpétuer l'Héritage biblique

et rebâtir,
à Strasbourg,
au cœur de l'Ange de la Fraternité,
une réplique fidèle de ce qui était,
à Jérusalem,
le Saint des Saints du Temple de Salomon.

 

L'Arc de Titus à Rome.

 

Regardons d'abord comment,
à travers quels monuments, petits ou grands,
à travers quels documents,
les hommes de l'Ancien Testament
ont réussi à perpétuer jusqu'à nous
leur héritage.

Tout le monde connaît l'impératif donné dans le Décalogue
Exode, XX, 4 :
"Tu ne feras aucune image sculptée,
rien qui ressemble à ce qui est dans les cieux, là-haut,
ou sur la terre, ici-bas,
ou dans les eaux, au-dessous de la terre".

Beaucoup de croyants s'en tiennent
à ce qui nous est dit là, très fortement.
Et qui vise à déjouer les tentations de l'idolâtrie,
comme le manifeste clairement
le début du verset suivant :
"Tu ne te prosterneras pas devant ces dieux".

Les images sculptées qui deviendraient
"des dieux"
du ciel, de la terre ou des eaux,
voilà donc ce qui est proscrit.
Par contre, dans d'autres parties de la Torah des Hébreux,
qui est aussi l'Ancien Testament des chrétiens,
il est dit à Moïse,
sur le ton d'une injonction sans réplique,
de réaliser, ou de faire réaliser,
pour l'Arche d'Alliance,
des "Chérubins d'or" :

"Tu feras deux Chérubins d'or repoussé,
tu les feras aux deux extrémités du propitiatoire.
Fais l'un des Chérubins à une extrémité,
et l'autre Chérubin à l'autre extrémité.
Tu feras les Chérubins faisant corps avec le propitiatoire,
à ses deux extrémités.
Les Chérubins auront des ailes déployées vers le haut
et protégeront le propitiatoire de leurs ailes.
Les faces des Chérubins seront tournées vers le propitiatoire.
Tu mettras le propitiatoire sur le dessus de l'arche,
et tu mettras dans l'Arche le Témoignage que je te donnerai.
C'est là que Je te rencontrerai.
C 'est de sur le propitiatoire,
d'entre les deux Chérubins
qui sont sur l'Arche du Témoignage,
que Je te donnerai Mes ordres pour les Israélites" .
Exode, XXV, 18 à 22.

Le lecteur respectueux de la Torah,
tout comme le chrétien sincère,
s'ils sont juste un tout petit peu vigilants,
doivent ici s'interroger :
comment concilier ce qui nous est dit en ces deux textes de l'Exode,
simplement à sept pages,
ou à cinq chapitres,
de distance ?

Comment ce qui est interdit,
absolument
proscrit,
en Exode XX, 4,
est-il impérativement
prescrit,
en Exode XXV, 18 à 22 ?

Car, pour le texte biblique,
ces deux Chérubins ailés sont
"des images sculptées",
"qui ressemblent à ce qui est dans les cieux, là-haut".

Comment ce qui est absolument interdit
en Genèse XX
devient-il
ce qui doit être accompli
en Genèse XXV ?
On dirait que Celui qui a inspiré les rédacteurs du texte biblique
met ici notre esprit à l'épreuve.

Le "C'est là que Je te rencontrerai"
donne vraisemblablement un élément de réponse :
il s'agit ici du contraire absolu de l'idolâtrie.
"La Présence divine",
"la Shekina",
trouvera au-dessus de l'Arche d'Alliance,
entre les deux Chérubins ailés,
"un lieu" approprié.

Cette Présence de l'Eternel,
sensible au cœur, et à l'œil de l'esprit seulement,
c'est bien sûr tout l'opposé d'une figuration idolâtrique.

Si l'on prend ensuite le premier Livre de Samuel ( IV, verset 4 ),
on constate que l'Arche d'Alliance
comporte toujours ces "images sculptées "
"qui ressemblent à ce qui est dans les cieux, là-haut" ;
on dit d'elle :
"L'armée envoya à Silo et on enleva de là l'Arche de Yahvé Sabaot,
Qui Siège sur les Chérubins" .

Même expression encore au second Livre de Samuel ( VI, versets 1 et 2 )
lorsque le texte évoque le transport de l'Arche à Jérusalem :
"David rassembla encore toute l'élite d'Israël,
trente mille hommes.
S'étant mis en route,
David et toute l'armée qui l'accompagnait
partirent pour Baala de Juda"
( le Livre de Josué, XV 9, XV 60,
nous précise qu'il s'agit là de ancien nom de Qiryat-Yéarim ),
"afin de faire monter l'Arche de Dieu,
qui porte le nom de Yahvé Sabaot,
Siégeant sur les Chérubins".

Le psaume XVIII, 11, de David
(composé après qu'il ait été "délivré de tous ses ennemis et de la main de Saül")
évoque "ce qui est dans les cieux, là-haut",
et il dit de l'Eternel en train de se manifester :
"Il inclina les cieux et descendit,
une sombre Nuée sous Ses pieds.
Il chevaucha un Chérubin et vola,
Il plana sur les ailes du vent".

Même description au début du Psaume 99
( premier verset) :
"Yahvé règne, les peuples tremblent ;
Il Siège sur les Chérubins,
la terre chancelle".

Le Premier Livre des Rois nous fait passer de David
au règne de son fils Salomon ;
le Temple projeté par le Roi David
peut enfin être réalisé par son fils,
tel qu'il a été "dicté" à David,
"d'En-Haut",
dans tous ses détails.
On retrouve ici "les Chérubins" de l'Arche,
mais ces "images sculptées" à la ressemblance
"de ce qui est dans les cieux,
là-haut",
vont être agrandies dans le Temple
et chacun des deux Chérubins aura une taille de dix coudées,
c'est à dire environ cinq mètres de hauteur
(une "coudée" antique, c'est la distance qui va
de la pointe du coude d'un homme adulte (d'une certaine taille)
à la pointe de ses doigts tendus :
vous pouvez mesurer votre propre coudée pour vérifier).

Les deux statues seront situées dans "le Débir",
c'est à dire "Le Saint des Saints":
dans le Temple,
c'est le lieu sacré par excellence.
Le texte précise que chacune des ailes d'un Chérubin
mesure "cinq coudées", soit environ deux mètres cinquante.
On nous dit aussi que d'une extrémité d'une aile à l'autre,
il y avait "dix coudées",
soit environ cinq mètres également.

Voici le texte, qui décrit les actions de Salomon :
"Dans le Saint des Saints,
il fit deux Chérubins en bois d'olivier sauvage ...
Le premier Chérubin avait dix coudées de haut.
Une aile du Chérubin avait cinq coudées
Et la seconde aile du Chérubin avait cinq coudées,
soit dix coudées d'une extrémité à l'autre de ses ailes.
Le second Chérubin avait aussi dix coudées ;
même dimension et même facture pour les deux Chérubins.
La hauteur d'un Chérubin était de dix coudées et de même l'autre.
Il plaça les Chérubins au milieu de la chambre intérieure ;
ils déployaient leurs ailes.
En sorte que l'aile de l'un touchait au mur
et que leurs ailes se touchaient au milieu de la chambre,
aile contre aile.
Et il revêtit d'or les Chérubins.
Sur tous les murs du Temple, à l'entour,
Il sculpta des figures de Chérubins,
de palmiers et de rosaces,
à l'intérieur et à l'extérieur.
Il couvrit d'or le plancher du Temple,
à l'intérieur et à l'extérieur".
Premier Livre des Rois. VI, 23 à 30.

Outre les deux grandes statues
(cinq mètres de hauteur
et dix mètres de l'extrémité de l'aile d'un Chérubin à l'extrémité de l'aile de l'autre),
le texte précise que Salomon fit sculpter
"des figures de Chérubins"
"sur tous les murs du Temple,
des palmiers aussi, à l'intérieur et à l'extérieur.
L'interdit de représenter "ce qui est dans les cieux, là-haut"
( ici, les Chérubins )
et "ce qui est sur la terre, ici-bas" (les palmiers )
est donc "mis de côté" en ce cas,
sans doute parce que, dans le Temple d'Israël,
et, encore plus,
dans "le Saint des Saints",
le danger de l'idolâtrie est considéré comme nul,
ou au moins comme pratiquement négligeable.

Lorsque le Temple de Jérusalem fut terminé,
"Salomon apporta ce que son père David avait consacré,
l'argent, l'or et les vases,
qu'il mit dans le trésor du Temple de Jahvé.
Alors Salomon convoqua les anciens d'Israël à Jérusalem
pour faire monter de la cité de David, qui est Sion,
l'Arche de l'Alliance de Jahvé".
Premier Livre des Rois. VII 51 et VIII 1.

Et ainsi, par le Roi Salomon,
l'Arche de l'Alliance,
avec les deux Chérubins ailés au-dessus d'elle,
fut amenée dans le Temple de Jérusalem,
dans le Saint des Saints,
sous la protection des deux grands Chérubins
de dix coudées de hauteur chacun :
"Les prêtres apportèrent l'Arche de l'Alliance de Yahvé à sa place,
au Débir du Temple,
c'est à dire au Saint des Saints,
sous les ailes des Chérubins.
En effet, les Chérubins étendaient leurs ailes
au-dessus de l'emplacement de l'Arche
et faisaient un abri au-dessus de l'Arche et de ses barres...
Il n'y avait rien dans l'Arche,
sauf les deux Tables de pierre que Moïse y déposa à l'Horeb,
les Tables de l'Alliance que Yahvé avait conclue
avec les Israélites à leur sortie de la terre d'Egypte ;
elles y sont restées jusqu'à ce jour".
Premier Livre des Rois, VIII 6, 7 et 9.

Tout cela ayant été fait,
les actes de Salomon complétant ce qu'avait préparé son père David,
et l'Arche d'Alliance
avec les Tables de la Loi données à Moïse
étant désormais dans le Saint des Saints du Temple de Jérusalem
sous la protection des ailes déployées des deux grands Chérubins,
la Présence de l'Eternel dans Son Temple Se manifesta,
attestant en quelque sorte
que ce qui avait été réalisé avait été bien accompli :

"Or, quand les prêtres sortirent du sanctuaire,
La Nuée remplit le Temple de Yahvé
et les prêtres ne purent pas continuer leur fonction,
à cause de la Nuée ;
la Gloire de Yahvé remplissait le Temple de Yahvé !
Alors Salomon dit :
"Yahvé a décidé d'habiter la Nuée obscure.
Oui, je T'ai construit une Demeure princière.
Une Résidence où Tu habites à jamais" ".
Premier Livre des Rois. VIII, 10 à 13.

Salomon s'adresse ensuite au peuple d'Israël
et rappelle quelle avait été l'intention de son père :
"Mon père David eut dans l'esprit de bâtir une Maison
pour le Nom de Jahvé, Dieu d'Israël.
Mais Yahvé dit à mon père David :
"Tu as eu dans l'esprit de bâtir une Maison pour Mon Nom.
Et tu as bien fait.
Seulement, ce n'est pas toi qui bâtiras cette Maison,
c'est ton fils issu de tes reins,
qui bâtira la Maison pour Mon Nom".
Premier Livre des Rois, VIII, 17 à 19.

Le Roi Salomon précise un peu plus loin,
"devant l'autel de Yahvé,
en présence de toute l'assemblée d'Israël",
en quel sens l'Eternel peut être dit
"habiter"
dans le Temple :

"Mais Dieu habiterait-il vraiment avec les hommes sur la terre ?
Voici que les cieux et les cieux des cieux ne le peuvent contenir,
moins encore cette Maison que j'ai construite !
Sois attentif à la prière et à la supplication de ton serviteur,
Yahvé, mon Dieu.
Ecoute l'appel et la prière
que ton serviteur fait aujourd'hui devant Toi !
Que Tes Yeux soient ouverts jour et nuit sur cette Maison.
Sur ce Lieu dont Tu as dit :
"Mon Nom sera là".
Ecoute la prière que ton serviteur fera en ce Lieu.
Ecoute la supplication de Ton serviteur et de Ton peuple Israël
lorsqu'ils prieront en ce Lieu.
Toi, écoute du Lieu où Tu résides,
au Ciel,
écoute
et pardonne".
Premier Livre des Rois, VIII, 27 à 29.

Nous pouvons voir par cette belle prière
(qui sera exaucée par l'Eternel, comme nous le verrons juste un peu plus loin)
que le Roi Salomon mérite bien la réputation de Sagesse
que toute une Tradition s'accorde à lui reconnaître.
Peut-être même n'a-t-il jamais autant mérité cette appréciation de Sagesse
qu'en ce jour où,
le Temple qui avait été "dicté" à son père David
ayant été achevé par lui,
Salomon précisa à tout le peuple assemblé
les limites de cette entreprise
et le fait que seul "Le Nom de l'Eternel",
à sanctifier par une prière permanente,
pourra être dit "habiter"
dans le bâtiment construit par des humains.

C'est seulement "le Nom" de l'Eternel
qui peut "demeurer" dans le Temple :
et Salomon demande que, depuis le Lieu où réside l'Eternel,
au Ciel,
Dieu maintienne "Ses Yeux" ouverts,
jour et nuit,
sur le Temple de Jérusalem.

Le "Notre Père" nous a été donné
alors que le Temple de Jérusalem, reconstruit, était encore debout.
Au début de cette prière, il nous est conseillé et demandé de dire :
"Que Ton Nom soit sanctifié !".
On peut voir dans les textes qui précèdent
en quel sens Salomon avait réalisé cette injonction :

bâtir,
avec tout un peuple,
une Demeure
où "le Nom de l'Eternel"
pourra venir
"habiter",
l'Eternel Lui-Même restant bien sûr dans les Cieux où Il demeure,
c'est sanctifier ce Nom.

Un peu plus loin, dans le Premier Livre des Rois,
la façon dont l'Eternel peut être présent dans le Temple est indiquée ;
il est dit :
"Yahvé apparut une seconde fois à Salomon,
comme il lui était apparu à Gabaon"
(c'est à dire au cours d'un songe).
"Yahvé lui dit :
"J'exauce la prière et la supplication que tu m'as présentées.
Je consacre cette Maison que tu as bâtie,
en y plaçant Mon Nom à jamais ;
Mes Yeux et Mon Cœur y seront toujours"".

*

Quelques centaines d'années plus tard,
pour des raisons que les prophètes font saisir,
ce sera la destruction de ce premier Temple de Jérusalem
et la déportation des Hébreux à Babylone.
Avant ces évènements, le roi Ezéchias,
en négociations difficiles avec le roi d'Assyrie Sennachérib,
commence ainsi une prière :
"Yahvé, Dieu d'Israël,
Qui Sièges sur les Chérubins,
c'est Toi qui es seul Dieu
de tous les royaumes de la terre,
c'est toi qui a fait le ciel et la terre"
Deuxième Livre des Rois, XIX, verset 15.

Après la destruction du Temple de Jérusalem
et la déportation à Babylone,
un Psaume évoque la future restauration d'Israël ;
un "maître du chant" s'adresse au "Berger" d'Israël :
"Pasteur d'Israël, écoute.
Toi qui mènes Joseph comme un troupeau ;
Toi Qui Sièges sur les Chérubins,
réveille Ta Puissance aux yeux d'Ephraïm, de Benjamin et de Manassé
et viens à notre délivrance".
Psaume 80, versets 2 et 3.

La figuration sacrée sous la forme de Chérubins
(c'est à dire d'Anges ailés)
est donc évoquée dans la Bible
ou impérativement prescrite
successivement :
- à Moïse.
- aux anciens d'Israël au temps du prophète Samuel,
- au Roi David.
- au Roi Salomon,
- au Roi Ezéchias.
- au "Maître de musique" qui aspire à la restauration d'Israël au temps de l'exil à Babylone.

II y a donc là "une constante",
une tradition maintenue pendant plus de six cents ans ;
les chrétiens peuvent même dire : pendant plus d'un millénaire
car lorsque le Christ nous est montré fréquentant le Temple de Jérusalem,
Il proteste vigoureusement contre la présence,
sur le pourtour, des marchands du Temple ;
mais nous n'avons aucune remarque de Lui
dénonçant la figuration sacrée présente dans ce Temple.
Nous le voyons toujours plein de respect pour ce Lieu où,
dans le Saint des Saints,
lui-même "abrité" par le Temple,
s'élèvent deux grands Chérubins de dix coudées de hauteur chacun,
ces deux Anges aux ailes déployées
"englobant" et protégeant en quelque sorte
les deux autres Chérubins, beaucoup plus petits,
qui sont au-dessus de l'Arche,
laquelle contient les Tables de l'Alliance
(avec les Dix Commandements de Dieu inscrits sur la pierre).

Pour perpétuer à notre tour l'héritage biblique
qui nous a été transmis pendant si longtemps et de si loin,
reprenons cette relation d'englobements successifs
ou d'emboîtements
(un peu, pourrait-on dire, à la manière des poupées russes traditionnelles),
notion présentée également par Régis Debray,
sous forme visuelle,
à la page 133 de son livre
"Dieu, un itinéraire".

A la suite d'un rêve, où, peut-être, il faut que nous nous laissions entraîner,
imaginons,
à Strasbourg,
trois Anges ailés de très grande taille,
une figuration de ce qu'Abraham a vu à Hébron,
non loin du Chêne de Mambré :
trois Etrangers, envers lesquels il manifeste son Hospitalité,
on dit aussi son Amitié pour l'Etranger
( sa "Philoxénie", selon l'un des titres de la très célèbre Icône
où Andréï Roublev a représenté cette scène ).

A chacun de ces trois Anges, donnons la taille de la statue de la Liberté à New York.

Cet héritage biblique,
par un coup d'audace et de songe,
fusionnons-le avec l'héritage laïque inscrit dans la devise de la France :
ces trois Anges, vus jadis par Abraham et qui lui ont annoncé la naissance d'Isaac
et la destruction proche de Sodome et de Gomorrhe,
faisons en sorte qu'ils soient en même temps, d'un même mouvement :
- l'Ange de la Liberté,
- l'Ange de l'Egalité et
- l'Ange de la Fraternité.

A l'intérieur de l'Ange de la Fraternité,
à la hauteur du cœur,
ménageons un espace
qui sera la reproduction exacte du Saint des Saints
que la Bible nous décrit avec précision.

A l'intérieur de ce Saint des Saints,
re-présentons les deux grands Chérubins ailés
de dix coudées de hauteur,
en bois d'olivier sauvage.
De l'extrémité de l'aile gauche de l'un
à l'extrémité de l'aile droite de l'autre,
il y aura
une distance de vingt coudées ( soit dix mètres ).

Sous la protection des ailes déployées des grands Chérubins,
re-présentons deux chérubins beaucoup plus petits,
aux ailes déployées vers le haut,
et situés au-dessus d'une re-production aussi fidèle que possible de
l'Arche d'Alliance
telle que les textes de l'Ancien Testament
nous permettent de nous la figurer.

Dans l'Arche,
plaçons deux Tables de pierre avec,
en hébreu,
les Dix Commandements donnés à Moïse.

Les Dix Commandements seront donc
dans l'Arche,
qui sera sous les deux petits Chérubins,
qui seront sous la protection des ailes des deux grands Chérubins,
qui eux, seront dans le Saint des Saints,
lui-même à hauteur et à l'intérieur du cœur
de la grande statue représentant l'Ange de la Fraternité,
l'un des trois Anges vus jadis à Hébron par Abraham,
bien avant la naissance de Moïse,
et figurés ici,
à Strasbourg,
par trois statues ayant chacune
la taille de la statue de la Liberté
(offerte il n'y a pas si longtemps au peuple américain
par le peuple français
à l'initiative du sculpteur alsacien Bartholdi).

En un sens, le cœur de ce qui a été le Temple de Jérusalem
sera donc reconstruit et transféré en Alsace
(qui se dit aussi "El-Sass",
c'est à dire "un Siège pour l'Eternel"),
dans un triple monument qui célébrera
la devise de notre pays devenue,
depuis la Déclaration universelle des Droits de l'Homme de 1948,
une sorte de "Loi du monde"
acceptée comme un idéal dont il faut s'efforcer de se rapprocher.
Car tous les peuples et tous les Etats du monde ou presque
contresignent aujourd'hui l'article premier de cette Déclaration,
article qui reprend la devise de notre pays :

"Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits.
Ils sont doués de raison et de conscience
et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité" .

La devise de la France, clairement présente ici,
prend donc la forme d'un devoir-être,
d'un impératif moral.
Et cet impératif, mystérieusement,
étonnamment,
a été accueilli par tous les peuples et tous les Etats du monde
qui ont accepté la tâche infinie de le faire leur
et de l'inscrire, tous,
progressivement,
dans la réalité sociale de leurs pays.

Agir envers les autres dans un esprit de Fraternité :
et si cela voulait dire exactement la même chose,
en langage laïque,
que le second Commandement
par lequel le Christ résumait toute la Loi de l'Ancien Testament :
"Tu aimeras ton prochain comme toi-même" ?

On voit alors pourquoi
"le coup d'audace et de songe"
par lequel les trois Anges apparus jadis à Abraham
deviennent d'un même mouvement
l'Ange de la Liberté,
l'Ange de l'Egalité
et l'Ange de la Fraternité
n'a, au fond et en fait, rien d'arbitraire.

La réalisation du projet
de
"Trois statues pour l'Europe"
sera,
elle-aussi,
une façon de sanctifier
le Nom de l'Eternel.

A l'intérieur de la grande statue représentant l'Ange de la Fraternité,
seuls des prêtres, des pasteurs ou des moines
des trois confessions chrétiennes
(catholiques, orthodoxes et protestants)
pourront,
en certaines circonstances,
pénétrer,
pour y prier,
dans la pièce,
ou l'espace,
où sera reproduit le Saint des Saints du Temple de Jérusalem.

Il sera, bien sûr, absolument impossible que
le Saint des Saints,
ce Lieu sacré
où l'Eternel a dit :
"C'est là que Je te rencontrerai",
soit accessible à tous,
et exposé à être comme profané
quotidiennement
par des visites qui seraient seulement
"touristiques".

La construction même de cet espace réservé
et consacré
ne pourra d'ailleurs être confiée qu'à des travailleurs spirituellement formés,
comme par exemple
des Bénédictins.

Devant l'immensité, la complexité et la Beauté
de ce qui sera à accomplir,
ce sera bien le cas d'évoquer
la nécessité,
à Strasbourg,
pour ce projet,
d'un travail de Bénédictins !

A l'invitation de religieux chrétiens,
là aussi en certaines occasions seulement,
de hauts responsables hébraïques
et musulmans
pourront être invités à venir
prier
à l'intérieur
du Saint des Saints,
enfin
reconstruit
tel qu'il était autrefois
dans le Temple de Salomon.

En effet, Juifs, Chrétiens et Musulmans,
tous enfants d'Abraham,
ont un même Dieu,
dont l'un des Noms est
El
pour les Juifs et les Chrétiens,
Nom qui devient
Allah
pour les Musulmans, leurs voisins.

Les portes menant au Saint des Saints
étant à jamais fermées
pour tous ceux qui ne sont pas
prêtres, religieux ou moines,
les visiteurs profanes pourront,
eux,
en un lieu approprié,
voir
des reproductions
de ce Saint des Saints
sur image,
en maquettes,
ou, en trois dimensions également,
sur des écrans d'ordinateur.

Ces visiteurs ordinaires pourront lire,
un extrait de l'Évangile de Marc :
"Un scribe qui les avait entendu discuter, voyant qu'il leur avait bien répondu,
s'avança et lui demanda :
"Quel est le premier de tous les commandements ?"
Jésus répondit :
"Le premier, c'est :
Ecoute Israël,
le Seigneur notre Dieu est l'unique Seigneur,
et tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme
( de tout ton esprit )
et de toute ta force.
Voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
Il n'y a pas de commandement plus grand que ceux-là".

Le scribe lui dit : "Fort bien. Maître,
tu as eu raison de dire qu'il est unique
et qu'il n'y en a pas d'autre que Lui :
l'aimer de tout son cœur,
de toute son intelligence et de toute sa force,
et aimer le prochain comme soi-même,
vaut mieux que tous les holocaustes et tous les sacrifices".
Jésus, voyant qu'il avait fait une remarque pleine de sens, lui dit :
"Tu n'es pas loin du Royaume de Dieu".
Et nul n'osait plus l'interroger.
Marc, XII, 28 à 34.


A côté de cet extrait de l'Evangile, seront reproduits
les passages de l'Ancien Testament cités ci-dessous :

"Ecoute, Israël : l'Eternel notre Dieu est le seul Eternel.
Tu aimeras donc l'Eternel ton Dieu
de tout ton cœur, de toute ton âme
et de toute tes forces".
Deutéronome VI, 4 et 5.

"Tu aimeras ton prochain comme toi-même".
Lévitique, XIX, 18.

Et, non loin, modernité oblige,
des écrans d'ordinateur permettront d'avoir accès
au Texte des Dix Commandements,
aux Textes des Evangiles ici cités,
dans toutes les langues de la planète.

En symétrie, un peu plus loin,
d'autres écrans d'ordinateur donneront, eux, accès à
la Déclaration universelle des Droits de l'Homme de 1948,
également dans toutes les langues de la planète.

*

Pourquoi notre époque serait-elle incapable,
d'élever un tel grand monument-message ?
Et même un triple monument-message !

Pourquoi ne serions-nous pas capables d'édifier un monument
à propos duquel l'Eternel pourra dire
à chacun des visiteurs ouverts à Sa Parole,
comme en Exode XXV, 22 :

"C'est là que Je te rencontrerai" ?

Pourquoi ne serions-nous pas capables de réaliser
l'impératif du "Notre Père",
d'édifier ce triple monument
où "le Nom de l'Eternel" sera sanctifié,
où Son Nom pourra venir habiter ?

Ce lieu, où chacun, devant l'Ange de l'Egalité,
pourra contempler comme une Figuration du Christ
entouré de deux Anges,
ou de deux Archanges,
permettra à celui qui le voudra et le pourra
de se mettre comme en Présence du Père
pour le prier
comme le Notre Père nous l'a appris.

En ce sens,
ces trois statues monumentales,
objet de visites et réalité touristique considérable,
seront aussi
à Strasbourg,
un lieu de prière perpétuelle.

Si cela se fait, la chrétienté européenne,
et également tous les laïcs européens
décidés à vivre réellement,
au quotidien,
l'idéal de la Fraternité,
auront quelque chose à opposer clairement, visiblement,
à l'ultra-libéralisme
aujourd'hui triomphant
et tout occupé à faire de l'argent
un dieu,
c'est à dire une idole.

Jacques Atlan



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Signification et portée de la devise
Liberté, Egalité, Fraternité.

Conférence-débat donnée au Beausset,
Salle Multivision,
le jeudi 4 mai 2006.

"La Journée de l'Europe" a lieu le 9 mai ;
dans le Var, nous sommes un certain nombre
à avoir étendu cette célébration sur trois journées :
cette conférence-débat donnée aujourd'hui
à l'Espace-Multivision au Beausset,
une présentation d'une dizaine d'Associations
oeuvrant à l'amitié entre les peuples d'Europe
le samedi 6 mai, de 14 h à 16 heures,
dans l'Amphithéâtre de la Maison des Technologies à Toulon,
une rencontre avec plusieurs conférenciers
(le Général Guérin, Patrick Penel, ici chez lui,
Alain Bonnaud, Nicole Charlier de Chily,
Philippe Granarolo et moi-même)
le mardi 9 mai de 15 h 30 à 17 h 30 au Bohèm'Circus,
au 24 rue Paul Landrin (sur le Petit Cours Lafayette à Toulon) ;
enfin un Dîner-débat le même mardi 9 mai,
avec pour conférencier invité Jean Vergès,
professeur de droit à l'Université Paul Cézanne à Aix-en-Provence,
et Président du Mouvement Européen-Provence.
Ce dîner-débat aura lieu également au Bohèm'Circus à Toulon.

La devise "Liberté, Egalité, Fraternité"
est inscrite au fronton de nos Mairies
et d'un certain nombre d'édifices publics ;
elle est la devise de notre Pays.
Cette devise nationale ne signifie pas, par exemple,
qu'une Egalité parfaite
et une Fraternité sans bornes règneraient en France,
déjà depuis la fin du 18ème siècle et le 19ème siècle.
Il faut comprendre qu'il s'agit d'un idéal
proposé à notre bonne volonté à tous :
pourchasser le plus possible, au nom de la valeur "Liberté",
toutes les formes de servitude ou toutes les survivances de l'esclavage,
se rapprocher le plus possible de l'idéal d'une égalité en droits
et de l'égalité des chances dans la société française,
dont tout le monde voit bien qu'elle comporte des inégalités parfois criantes,
nous efforcer ensemble, le plus que nous le pourrons,
de rendre vivante en France la valeur de la Fraternité.

Tout cela ne va d'ailleurs pas sans conflits ;
Bergson disait que la Liberté et l'Egalité sont "des sœurs ennemies".
En effet, si tout le monde est libre d'entreprendre,
même en supposant des chances égales au départ,
il y aura très vite "des inégalités", comme dans toute compétition ;
certains vont réussir beaucoup mieux que d'autres dans leurs entreprises.
Autrement dit, la Liberté engendrera des inégalités.
Inversement, le souci de l'Egalité poussé à l'extrême
peut conduire à cet excès inverse qu'est "l'égalitarisme",
avec volonté de détruire tout ce qui émerge, tout ce qui excelle ;
on élabore facilement ainsi des modèles de société liberticides
ou même totalitaires,
comme avait fait autrefois l'URSS.
Au temps de "la guerre froide" justement,
on déplorait une sorte d'éclatement
des valeurs héritées de la période des Lumières :
les Etats Unis portaient devant le monde la flambeau de la Liberté
tandis que la Russie soviétique mettait en avant tant qu'elle le pouvait
la valeur de l'Egalité
(alors que la société communiste réelle
comportait une série considérable de stratifications sociales
avec des inégalités de pouvoir absolument criantes,
comme Soljénitsyne, par exemple, l'avait bien mis en évidence
dans un livre comme "Le premier Cercle").

Pour Bergson, l'inévitable tension entre "Liberté" et "Egalité"
doit trouver et inventer continuellement sa résolution
grâce au troisième terme de notre devise, la Fraternité.
D'ailleurs, à l'époque de la guerre froide et des "Lumières éclatées",
on pouvait demander où cette tension internationale
entre Liberté valorisée aux Etats Unis
et Egalité valorisée en URSS
pouvait espérer trouver un début de conciliation ;
en quelque sorte : y avait-il quelque part
un Pays ou un espace public dans lequel on pourrait localiser
la valeur de la Fraternité devenue,
au moins partiellement,
une réalité vivante ?
Le lieu de réalisation possible pour cette valeur, à cette époque,
m'avait semblé être : l'Europe.

Si l'on cherche à mieux comprendre l'origine de notre devise
en remontant un peu plus loin dans le passé,
on trouve dans la pièce de théâtre de Lessing (1729-1781)
intitulée Nathan le Sage,
une méditation profonde sur la Fraternité
entre êtres humains de religions différentes.
La pièce comporte trois héros : le Sultan Saladin, musulman ;
un jeune Templier chrétien ;
et Nathan le Sage, qui parle lui pour la religion juive
et aussi en tant qu'être humain.
Dans la pièce, les trois religions se font face
et les trois hommes s'affrontent.
Malgré les oppositions entre les trois religions monothéistes,
des liens familiaux vont peu à peu être découverts :
Saladin s'apprête à faire mettre à mort
le jeune Templier qui a été fait prisonnier.
Mais il est ému par la ressemblance du jeune homme
avec son frère Assad, dont on a perdu la trace.
Or, il va se révéler que ce frère disparu du Sultan
s'était converti au christianisme,
avait épousé une chrétienne et en avait eu deux enfants.
L'un d'eux est le jeune Templier
que son oncle Saladin s'apprêtait à laisser condamner
lorsque "la voix du sang" a parlé en lui.
L'autre enfant d'Assad devenu chrétien est une fille,
Blanda.
Cette enfant chrétienne,
séparée de ses parents par les hasards des guerres,
isolée, en danger de mort,
va être recueillie par Nathan le Juif
qui vient lui-même de vivre un drame épouvantable :
les Croisés ont massacré sa femme et ses sept enfants ;
il y avait des actes de cette sorte contre les juifs, parfois,
au cours des croisades.
Bien qu'ayant subi cette violence extrême de la part des chrétiens,
Nathan va accomplir un acte de bienveillance humaine
en recueillant et élevant une enfant chrétienne ;
à la petite Blanda, il donne le nom de Recha,
et l'élève comme si elle était sa propre fille.
Nous avons vu que les rapports entre les Croisés chrétiens et les juifs
étaient parfois plus que tendus ;
mais, au cours des combats,
un incendie éclate et menace la vie de Recha, devenue une jeune fille.
Le Templier risque sa vie pour sauver cette jeune fille,
qu'il prend pour la fille du juif Nathan.
Lorsque Saladin a permis au jeune homme
d'échapper à la condamnation à mort qui le menaçait,
le Templier libéré rencontre Nathan le Sage
et lui demande la main de sa fille.
Mais Nathan a enquêté sur cette enfant qu'il a recueillie et élevée comme sa fille ;
et il découvre peu à peu que les deux jeunes gens sont en réalité frère et sœur,
et neveu et nièce du Sultan Saladin.
Les personnages que les conflits religieux jetaient les uns contre les autres
se découvrent des liens de famille ;
ceci bien sûr est une façon imagée de dire
qu'ils appartiennent tous à la même famille humaine,
qu'ils en prennent conscience,
et de ce fait développent désormais entre eux des relations de Fraternité
à la place des rapports de haine et de combat.
La pièce, que Goethe considérait comme un chef d'œuvre de l'humanité,
comporte aussi une parabole remarquable sur les rapports entre les trois religions.
C'est à l'Acte III, scène VII.
Le Sultan a un entretien avec Nathan et, pour le piéger,
lui demande, en le priant de s'élever avec discernement et sagesse
au-dessus de ce qu'il a appris dans sa propre tradition,
qu'elle est la meilleure des trois grandes religions.
Il lui laisse un temps de réflexion.
Nathan décide de répondre au Sultan Saladin
par la parabole d'un père qui avait trois fils qu'il aimait autant les uns que les autres.
Chacun des trois lui semblait digne d'hériter de l'Anneau
que ses ancêtres lui avait transmis
et dont la possession rendait agréable à Dieu et aux hommes
celui qui le portait à son doigt.
Lorsque ce père était avec l'un de ses fils,
ému par ses qualités, il lui a promis de lui donner l'Anneau.
Mais, lorsque, un peu plus tard, il s'est retrouvé seul avec le second de ses fils,
puis seul avec le troisième,
à chacun des deux il promit également
que c'était à lui que reviendrait l'Anneau.
Le moment de l'héritage approchant,
le père fit venir chez lui un artisan extrêmement renommé
et, lui commanda de réaliser deux autres Anneaux absolument similaires au premier.
Il fallait que les trois Anneaux soient totalement indiscernables.
L'artisan réalisa ce prodige
(que la philosophie de Leibniz aurait proclamé infaisable) ;
et le père, lorsqu'il fut seul avec chacun de ses fils,
leur donna à chacun un Anneau en tous points semblables
à celui que possédaient les deux autres.
Après la mort du père,
chacun des fils voulut faire valoir son droit à l'héritage
et comme preuve de l'élection paternelle dont il affirmait avoir bénéficié,
il montrait l'Anneau.
Mais chacun des trois présenta aussi un Anneau.
On les fit examiner ;
et il fut absolument impossible de déterminer lequel était l'original,
s'il y en avait eu un.
Les trois frères qui s'apprêtaient à se comporter en rivaux
furent donc amenés à s'accepter comme des frères
ayant tous les trois le même privilège.
Ainsi, c'était là la réponse de Nathan le Sage au Sultan Saladin,
chacune des trois grandes religions était
comme un Anneau précieux absolument indiscernable des deux autres.
Chacune des trois religions devait donc accepter les deux autres.
Fraternité au sommet.
Et, à un niveau moins profond, plus anecdotique,
nous avons vu que des relations de parenté cachées
vont faire découvrir aux principaux personnages
(qui allaient peut-être s'entretuer),
qu'ils sont en fait parents par le sang ou par alliance
(Nathan le juif, par exemple, ayant élevé comme sa fille
la nièce du Sultan Saladin).

 

 

Lorsque Lessing compose sa pièce, il a lu L'Histoire des Croisades,
la troisième partie de l'Essai sur les mœurs et l'esprit des nations de Voltaire.
Ce dernier est franc-maçon, tout comme Lessing d'ailleurs.
On pourrait donc voir dans la pièce Nathan le Sage
une sorte de machine de guerre anti-catholique
(voir la devise de Voltaire : "Ecrasons l'infâme" ,
qui était codée dans ses lettres par le début des mots : "Ecr. l'inf.").
La leçon de la pièce est qu'aucune des trois grandes religions monothéistes
n'est "au-dessus" des deux autres.
Il faut que les Juifs, les Chrétiens et les Musulmans
s'acceptent comme le feraient trois frères
auxquels leur père aurait confié exactement le même Anneau précieux.
Pas de guerre des religions.
Fraternité entre les religions.

L'idéal de la Laïcité est sorti de là :
l'Etat ne prend pas parti sur les questions religieuses.
Chacune des religions,
à condition de ne pas être cette caricature de religion qu'est une secte,
a un droit égal à la neutralité bienveillante de l'Etat vis à vis d'elle.
Pour Lessing, cela allait même plus loin,
puisque les diverses religions doivent prendre conscience que
leurs fidèles sont avant tout des membres d'une même famille humaine
et que, comme le dit désormais l'article premier
de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme,
adoptée par l'UNESCO et les Nations Unies en 1948 :
"Tous les êtres humains sont libres et égaux en dignité et en droits.
Ils sont doués de conscience et de raison
et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de Fraternité".
Ainsi, suivant Lessing le franc-maçon
et Nathan le Sage, le héros de sa pièce,
les Juifs, les Chrétiens et les Musulmans
doivent s'accepter les uns les autres comme frères ayant un même Père
et ils doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de Fraternité".

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Voilà ce que nous permet de comprendre un premier retour vers le passé.
Faisons un pas de plus en nous demandant
pourquoi cette devise française "Liberté-Egalité-Fraternité"
a fait le tour du monde
et s'inscrit justement à présent dans l'Article premier
de cette Déclaration universelle des Droits de l'Homme,
adoptée, aujourd'hui, comme un idéal
vers lequel il faut tendre,
par la quasi totalité des Etats et des Peuples du monde.
Une réponse très intéressante a été élaborée par un théoricien allemand francophile,
Rudolf Steiner ( 1861-1925).
Steiner est connu, surtout dans les pays germaniques,
pour être un théoricien important en matière pédagogique,
et pour ses travaux qui ont anticipé sur ce qui s'appelle aujourd'hui
l'agriculture biologique.
Il avait même prédit un de nos malheurs avec "la vache folle" ;
il disait en effet : donnez à manger de la viande à un bœuf (qui est végétarien),
et vous allez le rendre fou.
C'est ce que nous avons fait au vingtième siècle
en nourrissant les vaches (et d'autres végétariens d'ailleurs)
à partir de farines animales, pour raisons d'économies.
Il est à noter aussi que, mort en 1925,
Rudolf Steiner avait eu le temps de se faire détester par le parti nazi naissant,
qui est venu détruire en 1922 à Dornach, en Suisse, le 31 décembre,
le premier monument à la gloire de Goethe
que Rudolf Steiner y avait fait ériger (le Goethéanum),
sur ses propres plans, à partir de 1913.
La réflexion de Steiner sur notre devise nationale
s'élève du niveau politique au plan spirituel en chacun de nous.
En effet, chaque être humain, dit une longue tradition philosophique,
est riche intérieurement de trois capacités fondamentales :
vouloir, penser, aimer.
Ou encore, il dispose de trois facultés décisives :
la Volonté, la Pensée ou l'Intellectualité, l'Affectivité.
Henri Bergson par exemple, reprend très souvent ces trois termes
lorsqu'il évoque l'être humain.
Chez Descartes, on trouverait la Pensée, bien sûr,
mais aussi la Volonté, et la Générosité (ainsi que les autres Passions de l'âme).
Chez Kant, il y a la Critique de la raison pure
qui concerne la faculté de penser et celle de connaître,
la Critique de la raison pratique qui concerne nos capacités d'agir et la Volonté,
et enfin la Critique de la faculté de juger,
où il est question, entre autres, du sentiment de l'agréable et du sentiment du Beau.
Ainsi, lorsqu'un être humain, vous, moi,
n'importe qui sur la terre,
entend prononcer sur la Place publique ces trois mots "Liberté, Egalité, Fraternité",
lorsqu'il les lit sur une pièce de monnaie
ou les voit au fronton d'un édifice public,
quelques chose se produit à l'intérieur de lui.
Car par la Volonté qui est en chacun de nous,
nous sommes capables de prendre des décisions,
donc d'êtres libres et responsables de nos actes.
Par l'affectivité qui est en nous,
nous sommes capables d'éprouver certains sentiments vis à vis d'autrui,
notamment le sentiment de la Fraternité.
Enfin, par la faculté de penser qui est en nous,
nous pouvons forger le concept d'Egalité
et comprendre que tous les êtres humains sont et doivent être égaux en dignité et en droits. Les trois côtés de l'âme humaine
sont ainsi comme éveillés à eux-mêmes
lorsque quelqu'un évoque la devise française.
Et comme il s'agit des trois côtés de l'âme de tout être humain,
notre devise a fait le tour du monde
et est devenue universelle.

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Le problème en était là lorsque, vers la fin de l'année 1984,
trois amis que ne se connaissaient pas
ont tous les trois attiré mon attention sur une même peinture d'Andréï Roublev,
né en Russie en 1370 et mort en 1430
(donc, pour le situer dans le temps, un an avant la mort de Jeanne d'Arc à Rouen).
Cette peinture, dont l'original est aujourd'hui au Musée des Icônes à Saint-Pétersbourg, représente trois Anges,
ceux qui sont apparus au Chêne de Mambré, près d'Hébron,
à Abraham et à son épouse Sara, tous deux déjà âgés.
La scène figure bien sûr dans la Torah des Hébreux,
aux chapitres XVIII et XIX du Livre de la Genèse.
Elle fait partie aussi de la Bible des chrétiens.
Et le Coran l'évoque à trois reprises :
Sourate XI, 69 à 74, Sourate XV, 51 à 56, Sourate LI, 24 à 30.
Abraham est en effet à l'origine des trois grandes religions monothéistes
dont nous avons parlé tout à l'heure avec Nathan le Sage :
la religion juive, la religion chrétienne, la religion musulmane.
Simplement, "Abraham" est nommé "Ibrahim",
lorsque l'on passe de la Torah et de l'Ancien Testament au Coran.
J'ai été amené à réfléchir longuement sur cette Icône qui a plusieurs noms ;
on l'appelle soit L'Hospitalité d'Abraham,
soit L'Amitié d'Abraham pour l'Etranger, sa Philoxénie,
soit encore Les Trois Anges,
soit enfin L'Icône de la Trinité.

 

 

En effet, dans sa méditation de plus de 500 pages sur La Trinité,
Saint Augustin (354-430 de notre Ere) soutient à un moment
que la notion complexe de Trinité (le Père, le Fils, l'Esprit-Saint),
qui est chrétienne,
a cependant été révélée aux Juifs de façon un peu masquée.
Si vous lisez attentivement, dit-il,
les chapitres XVIII et XIX du Livre de la Genèse,
vous verrez que le texte semble hésiter plusieurs fois
entre le singulier et le pluriel.
Il est question de trois voyageurs, qui se révèlent être trois Anges.
Mais Abraham qui s'adresse à eux lorsqu'il leur offre son hospitalité,
s'adresse ensuite, au singulier, au Seigneur.
A un moment deux des Anges s'éloignent et il n'en reste plus qu'un.
Enfin, vous pourrez juger par vous-même en allant lire ou relire ces deux chapitres.
Depuis l'analyse de St Augustin,
l'idée est donc venue qu'à travers ces trois Anges,
c'est quelque chose de la Trinité
qui avait été "aperçu" par deux êtres humains privilégiés,
Abraham et son épouse Sara.
Les peintres d'Icône grecs et russes avaient donc un redoutable privilège
en essayant de représenter ces trois Anges ;
ils pouvaient approcher un peu
l'un des Mystères les plus difficiles pour la pensée chrétienne,
celui de la Trinité.
Et les trois Anges peints,
on pouvait se mettre à discuter, et on l'a fait, pour demander :
lequel des trois "représente" plutôt "le Père",
lequel des trois "représente" plutôt "le Fils",
lequel des trois "représente" plutôt "l'Esprit".
Comme je n'étais devenu chrétien que depuis le 29 juin 1984,
et que je n'avais pas eu auparavant d'éducation religieuse
(chez moi, on lisait Le Canard Enchaîné),
j'étais très ignorant en matière de théologie
et très intrigué par la profondeur inouïe que l'on attribuait à l'Icône de Roublev :
à partir de couleurs matérielles appliquées sur de la toile,
donner à voir, peut-être, quelque chose de l'un des plus profonds Mystères,
celui de la Trinité.

 

Il y avait en moi, vers le début de 1985, une double interrogation :
d'où vient le caractère devenu quasi universel
d'une devise au départ spécifiquement française ?
Et sur cette mystérieuse et belle Icône de Roublev,
lequel des trois Anges serait censé représenter,
de manière, bien sûr, obligatoirement inadéquate,
le Père de toutes choses ?
Alors, un grand rêve fait le 17 février 1985
(je demeurais à l'époque à Angers),
a fusionné ces deux recherches et m'a fait voir, à Strasbourg,
trois statues extrêmement monumentales :
un Ange de la Liberté,
un Ange de l'Egalité,
un Ange de la Fraternité.

Chacun de ces trois Anges avait une dimension analogue
à celle de la statue de la Liberté à New York.
Et je reconnaissais leur aspect, leur vêtement, leur visage, leur chevelure :
il s'agissait des trois Anges peints par Andréï Roublev et devenus ici statues.
Sur l'Icône, les trois Anges sont assis à la table d'Abraham ;
dans le rêve que j'ai fait, ils sont debout tous les trois,
à 200 ou 300 mètres les uns des autres,
disposés en une sorte d'arc de cercle.
Je remarque tout de suite une autre différence avec l'Icône
où les trois Anges tiennent chacun un sceptre identique :
dans le rêve, l'Ange du milieu, celui de l'Egalité,
tient en main non pas un mais deux "bâtons de Berger",
et ces deux "bâtons" dessinent ce que je ne savais pas encore nommer
"une Croix de Saint André".
Je voyais là une réponse
aux questions nombreuses que je m'étais posées à propos de cette Icône :
l'Ange du milieu, ayant deux bâtons et les deux autres un seul,
était-ce celui du milieu qui "représentait" le Père de façon allusive ?
J'ai d'abord interprété cela ainsi.
Jusqu'à ce que quelqu'un me dise : "Mais c'est une Croix !",
à propos de ce que l'Ange du milieu tient en main.
Il s'agirait alors du Fils.
Les interprétations sont libres.
Je vous dirai tout à l'heure, si vous voulez, comment j'interprète aujourd'hui
cette Icône sur laquelle ce grand rêve m'a amené à réfléchir pendant … 22 ans !

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Faisons un peu le point. Il faut distinguer ici trois niveaux.
Tout d'abord, le plan des réalités politiques et juridiques.
La devise Liberté-Egalité-Fraternité, née en France, a fait le tour du monde
et est devenue "un universel" de référence,
en tant qu'Idéal dont il faut tenter de se rapprocher.
Du côté de l'esprit humain, ou de l'âme humaine,
il y a trois aptitudes fondamentales,
le Vouloir, qui nous permet la Liberté,
l'Affectivité, qui nous permet d'éprouver par exemple le sentiment de la Fraternité,
la Pensée, qui nous fait tous égaux en dignité et en droits.
C'est le niveau où se plaçait l'analyse de Rudolf Steiner.
La devise Liberté-Egalité-Fraternité a alors une portée spirituelle forte.
Mais à présent, nous découvrons des résonances
ou des prolongations encore plus vastes.
Comme si la devise de notre Pays
portait en elle un ensemble de traces de l'Infinité divine
avec Ses trois "Aspects" qui forment pourtant une Unité.
Le niveau précédent nous permet de nous approcher de ce Mystère :
il y a trois facultés fondamentales,
mais chacun de nous, ayant ces trois facultés,
est pourtant une seule et même personne.
De même, mais pourtant autrement,
les trois côtés, ou aspects, de la Divinité forment pourtant une Unité :
il y a un Dieu, et non pas trois.

La femme sculpteur française d'origine polonaise,
Teresa Kochanowska, épouse Manojlovic,
a voulu m'aider à concrétiser le grand rêve
qui est à l'origine du projet de faire réaliser, à Strasbourg,
un Ange de la Liberté, un Ange de l'Egalité et un Ange de la Fraternité.
Elle m'a offert trois maquettes en béton cellulaire
représentant ces trois Anges d'après l'Icône de Roublev
et d'après les indications de mon rêve.
Je lui ai passé commande ensuite des trois socles
sur lesquels les pieds des Anges reposent
et sur lesquels sont inscrits les trois mots "Liberté", "Egalité", "Fraternité".
Regardons ensemble l'Ange de l'Egalité,
celui qui, dans le rêve attire en premier lieu mon attention.
Les deux "bâtons de Berger" qui forment une Croix de Saint-André
dessinent comme un signe de multiplication
où ce qui est en bas est égal à ce qui est en haut,
avec une inversion dans l'orientation.
Ce signe est commenté à de nombreuses reprises
dans un livre magnifique, traduits en de nombreuses langues,
et qui a joué un rôle important pour moi :
Dialogues avec l'Ange, Gitta Mallasz, chez Aubier.
Nous sommes invités à parvenir comme au sommet de nous-mêmes
en tant qu'individualité libre.
Mais, à ce sommet (le milieu de l' X),
il ne s'agit pas de "rouler des mécaniques",
de faire le fier avec ses gros bras, ses diplômes,
la rapidité de son intellect ou la puissance de sa volonté ;
non, il faut alors s'ouvrir à ce qui vient d'En-Haut,
comme Abraham offrant l'Hospitalité chez lui à ce qui vient d'En Haut,
aux trois Anges et peut-être même au Seigneur Lui-Même.
On pourrait évoquer ici,
pour la partie des deux bâtons qui remonte du sol jusque dans la main de l'Ange de l'Egalité, ce qu'Edith Stein appelait
(en pensant à l'intuition des Essences chez Husserl, dont elle avait été un temps la secrétaire) l'intuition active ;
mais pour la partie supérieure, égale à la précédente,
mais ouverte vers les Hauteurs,
il s'agira cette fois de ce qu'Edith Stein appelait l'intuition passive,
celle où nous recevons ce qui, d'En Haut, vient vers nous,
à la façon où les premiers chrétiens ont reçu
lors de l'expérience intense que raconte les Actes des Apôtres
et qui est commémorée à chaque Pentecôte.
Nous pourrions dire aussi que celui qui tient en sa main une Croix de St André
"représente", de façon obligatoirement inadéquate, le Christ,
qui s'est fait notre égal dans la condition humaine,
avec la capacité d'éprouver la faim, la soif,
le sommeil, la souffrance et la mort.
Si nous revenons à l'Icône de Roublev,
nous pouvons remarquer que si le personnage du milieu est "central",
le centre dynamique du tableau est cependant situé dans le personnage de gauche,
avec, à partir de Lui,
comme deux fragments de cercles dans les tonalités du bleu
suggérés par les vêtements
et la courbe de l'épaule gauche de l'Ange central
et de l'Ange situé à la droite du Tableau.
D'ailleurs le personnage de gauche est celui que les deux autres regardent.
Peut-être est-il donc comme une représentation, nécessairement inadéquate,
de celui que nous nommons le Père ?
Nous pouvons rappeler ici la phrase :
"Père, que Ta Volonté soit faite, et non la mienne".
Dans la devise de notre Pays,
nous avons vu que c'est la Liberté
qui est comme la manifestation extérieure et publique
de ce qui, à l'intérieur de nous, se nomme le Vouloir, ou la Volonté.


Venons-en à présent à l'Ange de la Fraternité,
celui donc qui "représenterait", de façon obligatoirement inadéquate,
celui que nous nommons l'Esprit Saint.
Voyons, par exemple, par la description des suites de la Pentecôte,
l'action de l'Esprit sur les humains :
dans les années qui ont suivi cette expérience fondatrice,
les premiers chrétiens ont ressenti très vivement
que les autres chrétiens étaient "leurs frères",
au point de mettre en commun tous leurs biens
et de se sentir tous, très fortement,
comme formant un seul ensemble, un seul "corps".
Il y a là comme un indice nous permettant de mettre la Fraternité
plutôt en correspondance avec l'Esprit et son action sur nous.

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J'ai voulu vous faire réfléchir sur la signification
et la portée de la devise de notre Pays.
Nous avons vu qu'après tout, un peu inexplicablement d'abord,
cette devise était devenue universelle,
notre Pays se permettant même de proposer au monde entier (qui l'a accepté)
un idéal de comportement :
les êtres humains sont libres et égaux en dignité et en droits
et ils doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de Fraternité.
Une première explication nous avait fait entrer en nous-même,
à l'intérieur de notre être spirituel;
nous y avons trouvé la Volonté source de la Liberté,
l'Affectivité, permettant le sentiment de la Fraternité
et la Pensée nous permettant de nous concevoir tous égaux en dignité et en droits.
Plus profondément, ensuite, à la façon d'Edith Stein,
nous avons fait la distinction entre la pensée intuitive active
(par exemple cartésienne ou husserlienne)
et la pensée intuitive passive,
qui permet à celui qui est parvenu "au sommet" de son individualité libre
de "recevoir"
ce que l'on appelle par exemple "une Grâce".

La Révolution française a produit cette devise Liberté-Egalité-Fraternité,
mais, au moment où la Terreur a régné,
elle a coupé le lien fort et décisif qui unit notre Pays avec ce qui est En-Haut.
Le projet de "Trois statues à Strasbourg" permettrait,
si nous venions à bout de le réaliser,
de conserver l'héritage de la Révolution française
tout en reconstituant le lien central pour notre Pays avec "le Biblique".
Si nous ne voulons pas être menés par les Anglo-saxons,
il ne faut plus qu'ils soient les seuls à dire en Occident :
Nous croyons en Dieu !
Si la France rétablit les liens avec son immense héritage judéo-chrétien,
alors elle recommencera à rayonner dans le monde
comme au temps où la langue et la culture françaises étaient européennes.

Bref, la portée de la devise de la France
est si vaste qu'elle a gagné le monde entier
comme idéal de référence (non comme réalité vécue !);
sa signification est si profonde qu'elle touche, en tout être humain
trois des capacités fondamentales de notre être : vouloir, penser, aimer.
Et, par l'intermédiaire de ces trois capacités, puisque, c'est ce que je crois,
l'être humain est "à l'image" de son Créateur,
la devise de la France permet d'approcher en Dieu
la triple capacité de Vouloir, de Penser et d'Aimer.
Mais, bien sûr, il y a, sur toutes ces questions,
des milliers de choses à discuter.
Alors, la parole est à vous,
Jacques Atlan


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Les Frontières de l'Europe.

 

L'Europe est un continent,
quatre fois plus petit que l'Asie,
trois fois plus petit que le continent africain,
deux fois plus petit que l'Amérique du Nord,
plus petit que l'Amérique du sud,
plus petit que le continent de l'Antarctique
et un peu plus grand que l'Océanie.

Aux frontières de l'Europe, géographiquement parlant,
il y a, à l'est, l'Asie,
au sud, la Méditerranée et l'Afrique,
à l'ouest, l'Océan Atlantique
et, au nord, l'Océan glacial arctique.

Si, de la géographie,
nous passons à la légende grecque, au mythe fondateur,
curieusement,
nous sortons des limites assignées par les géographes,
puisque nous trouvons qu'Europe est une très belle princesse
née au Liban,
donc dans un pays du Moyen-Orient.
Le père de la princesse Europe, en effet, était Roi de Tyr ou de Sidon.

Un peu comme Ulysse voit Nausicaa jouant sur la plage avec ses compagnes,
un jour, Zeus voit la princesse Europe
jouer sur la plage de Tyr ou de Sidon avec d'autres jeunes filles.
Ebloui par sa beauté,
il se transforme alors en taureau d'une éclatante blancheur,
aux cornes semblables à un croissant de lune.

Le dieu du ciel enlève alors la princesse Europe
par la Mer
et il s'unit à elle
dans l'île de la Crète, près d'une source,
sous les platanes de Gortyne.
En témoignage de l'union du dieu et d'une mortelle
qui a eu lieu ici,
ces platanes de Gortyne, dit-on, ne perdent, jamais leurs feuilles.

Trois enfants naîtront de cette union :
Minos, Sarpédon et Rhadamante.

Minos, Rhadamante, accompagnés d'Eaque
(qui avait été, dit la mythologie, le plus pieux de tous les Grecs)
auront la fonction redoutable
de juger les âmes des morts dans l'au-delà.
C'est Platon qui le raconte dans le mythe du Gorgias (523 e).

 

 

Ainsi deux des fils de la Princesse Europe et du Dieu du Ciel
jugent les morts,
ce qui indique au moins que les fils de l'Europe
que nous sommes
sont comme destinés à avoir de hautes préoccupations spirituelles.

Quant à la Princesse Europe elle-même,
après sa mort,
elle a reçu des honneurs divins.

Voilà ce que disent de nous nos origines,
selon la légende !

On peut dire que notre société ne tient pas suffisamment compte,
à notre époque,
de ce que véhicule cette légende sur
les enfants de la Princesse Europe,
de ce que savait Platon,
et avant lui Pythagore et les Egyptiens,
lorsqu'ils enseignaient justement
qu'il y a
une Justice après la mort,
que tout finit par se savoir
et par être crié sur les toits
et que donc la formule
"Pas vu, pas pris",
tellement invoquée aujourd'hui,
est vraiment
à courte vue !

*

Si nous regardons maintenant du côté de l'Histoire,
nous trouvons que les Européens
se sont vraiment beaucoup fait la guerre.
Et, dans leurs guerres, au 20ème siècle,
ils ont, deux fois, entraîné le monde entier
(en 1914-1918 et en 1939-1945).

La construction européenne est née pour empêcher à l'avenir,
autant que possible,
de nouvelles guerres de survenir en Europe,
pour empêcher désormais les Européens,
pourrait-on dire,
de se livrer à eux-mêmes, des sortes de guerres civiles,
qui ensuite ont tendance à se généraliser très dangereusement.

Donc, en 1951, la Communauté Economique du Charbon et de l'Acier (C.E.C.A.)
est fondée par l'Allemagne, la Belgique, la France, l'Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas.

Le 25 mars 1957, un anniversaire qui sera célébré dans quelques mois,
c'est la signature du Traité de Rome instituant
la C.E.E. (Communauté Economique Européenne),
ce que l'on nommera "Le Marché Commun".

En 1973, les six membres fondateurs sont rejoints par
le Danemark, la Grande-Bretagne et l'Irlande.
C'est l'Europe des 9.

En 1981, la Grèce se joint à son tour à la CEE.

Et en 1986, c'est le tour de l'Espagne et du Portugal.
C'est désormais l'Europe des douze.
Comme le nombre d'étoiles sur le Drapeau.

En 1995, l'Autriche, la Finlande et la Suède
rejoignent à leur tour la CEE
qui devient une Europe à 15.

Mais le nombre d'étoiles sur le Drapeau
reste fixé à 12.
Nous verrons tout à l'heure pourquoi.

En 2004, dix nouveaux Pays nous rejoignent :
quatre Pays d'Europe centrale (la Pologne, la Hongrie, la République tchèque, la Slovaquie), les trois Pays Baltes (c'est à dire la Lituanie, l'Estonie et la Lettonie),
plus la Slovénie (la partie de l'ancienne Yougoslavie qui jouxtait l'Autriche),
l'Île de Chypre et l'Île de Malte.
C'est l'Europe à 25.

La Roumanie, francophone et francophile,
et la Bulgarie rejoindront à leur tour
la CEE,
et l'ensemble formera donc l'Europe des 27.
Et il est aussi fortement question de l'adhésion de la Turquie.

Où s'arrêtera, alors, la Communauté Européenne ?
Le chômage dans les Pays fondateurs de la Communauté
ne va-t-il pas s'accroître à cause de cette extension
dont on ne voit plus la fin ?
Quelles sont véritablement les Frontières de l'Europe ?
Qu'est-ce que l'Europe à une époque où
déferle la mondialisation économique, commerciale et financière
avec ses délocalisations en conséquence ?

A cause de toutes ces questions, et d'autres encore,
le 29 mai 2005,
un membres fondateur de la Communauté Européenne,
la France,
donne un coup d'arrêt provisoire à la construction Européenne
en votant "NON" au Référendum
qui proposait d'instituer une Constitution Européenne.
Peu de temps après,
un autre membre fondateur,
les Pays Bas,
refuse également ce projet de Constitution politique.

Cette Constitution devait permettre à l'Europe à 25 ou à 27
de fonctionner correctement.
Car, bien sûr, une Europe à 25 ou 27
a besoin de règles renouvelées
par rapport à celles qui convenaient, à peu près,
pour une Europe à 12 ou à 15.

Comme je l'ai dit, il est fortement question de faire entrer la Turquie
dans la Communauté Européenne.
Cette 28ème adhésion possible suscite beaucoup de discussions.
La Turquie est un pays laïque,
où les femmes ont eu le droit de vote en 1934,
soit dix ans avant les Françaises,
mais c'est un pays très majoritairement musulman
alors que les pays de l'Europe
sont quasi tous de tradition chrétienne.
Il y a également, à propos de la Turquie, le problème de Chypre,
membre de la CEE depuis 2004,
mais dont la Grèce et la Turquie
se disputent et, actuellement, se partagent le territoire.
Il y a aussi de fortes communautés arméniennes en France,
et ailleurs en Europe,
et ces communautés veulent que la réalité du génocide arménien
au cours de la première guerre mondiale
soit reconnu par la Turquie.

La France ayant fait voter au Parlement une Loi
pénalisant "le négationnisme" à propos de ce génocide,
et le Président de la République,
en principe favorable à l'entrée de la Turquie dans la Communauté Européenne,
ayant invité ce Pays à se grandir en reconnaissant,
à propos du génocide arménien,
la réalité de ses fautes passées
(comme l'Allemagne a su le faire pour la Shoah),
les étudiants turcs font actuellement circuler des manifestes
appelant là-bas au boycott systématique des produits français.

Nous en sommes là.

Pour faire un peu de prospective,
regardons du côté du Conseil de l'Europe,
créé en 1949,
et donc antérieur à l'institution de
la Communauté Economique du Charbon et de l'Acier,
la CECA, qui date de 1951.
Antérieur aussi, de plusieurs années,
au Traité de Rome et à la création de
la Communauté Economique Européenne,
la CEE,
qui date de 1957.

Pour la Communauté Européenne et son développement,
le Conseil de l'Europe a donc joué,
depuis 1949,
le rôle d'un moteur,
d'un facteur d'anticipation.
Aujourd'hui, la Communauté Européenne en crise
compte 25 membres et très bientôt 27.
Le Conseil de l'Europe compte, lui,
46 Etats membres.
Nous pourrions dire que les 19 membres
qui sont au Conseil de l'Europe
mais pas encore membres de la Communauté Européenne
des 25 ou plutôt des 27,
sont comme dans une antichambre,
ou encore sont des membres potentiels à venir
de la Communauté Européenne.

Qui sont donc ces 19 Etats "en salle d'attente" ?

Tout d'abord, la Suisse, la Norvège, l'Islande :
ces trois pays seraient bien sûr les bienvenus dans la Communauté Européenne
dont ils feraient comme tout naturellement partie
et qu'ils enrichiraient.
Mais, pour l'instant, ils ne le souhaitent pas.

Les Principautés d'Andorre et de Monaco, la Monarchie du Liechtenstein,
et la République de Saint-Marin :
ces quatre petits Etats, lieux de vacances appréciés par beaucoup d'Européens,
ne poseraient pas de problèmes à la Communauté Européenne.
Ils l'enrichiraient également.

L'Ukraine est un pays qui a su évoluer politiquement par une sorte de
"révolution de velours",
c'est à dire d'une façon politiquement ritualisée.
Ce pays a manifesté vivement son désir de rejoindre
la Communauté Européenne,
et, en ce moment même,
des négociations sont en cours de ce côté-là.

L'adhésion de la Roumanie étant effective au 1er janvier 2007,
les négociations étant bien avancées avec l'Ukraine,
leur voisin à tous deux,
la Moldavie,
devrait entrer peu après dans la zone des pays susceptibles de pouvoir adhérer.
Ici, les obstacles éventuels
seraient plutôt de nature économique.

L'Arménie est un pays ami du nôtre.
Et nous, Français, souhaiterions son entrée,
le plus vite qu'il sera possible,
dans la Communauté Européenne.

Ici , nous rencontrons à nouveau le problème de la candidature de la Turquie,
qui pourrait être rapprochée de l'éventuelle candidature à venir
d'autres pays des bords de la Mer Noire,
la Géorgie et l'Azerbaïdjian.
Ce dernier pays a d'ailleurs été, il y a quelques années,
en guerre avec l'Arménie.

L'Europe, animée par un projet de Paix, est un ensemble pacifié.
A l'intérieur des frontières de la Communauté Européenne,
depuis sa fondation,
on n'a effectivement connu aucune guerre
entre ses membres.

Au-delà des questions économiques,
la capacité à avoir "pacifié"
d'anciens rapports tendus
est un facteur décisif pour l'adhésion à la Communauté.

Celle-ci ne peut pas s'agrandir en englobant
à l'intérieur d'elle-même,
des zones régionales
susceptibles de voir naître à court terme des conflits internes armés.

Il faut ici une sorte de maturité politique,
C'est à dire l'habitude de régler les conflits
par des élections
plutôt qu'à coups de bazookas dans les rues.

Ainsi, la "pacification" du conflit passé entre les Turcs et les Arméniens,
la pacification du conflit récent entre l'Azerbadjian et l'Arménie
pourraient être considérées comme
des conditions pour une arrivée future paisible
de ces pays
au sein de la Communauté.

En ce sens, on pourrait proposer que la Turquie et l'Arménie ne puissent entrer
qu'ensemble
au sein de la Communauté Européenne,
au moment où leurs rapports mutuels
seraient devenus comparables
à ce que sont aujourd'hui les rapports
entre ces deux anciens ennemis implacables que furent
la France et l'Allemagne :
des rapports pacifiés après beaucoup de guerres très sanglantes.
Car la réconciliation franco-allemande est ici
une sorte de modèle à proposer
partout où il y a actuellement des zones de tension.

Comment pacifie-t-on un conflit passé ?
Par le pardon, par la discussion,
par la coopération économique,
par des échanges commerciaux pacifiques,
par la ritualisation politique et culturelle
de ce qui était autrefois affrontements militaires.

Comme je l'ai dit, en ce qui concerne la Turquie,
un autre foyer de tensions passées et présentes,
à surmonter
pour parvenir à une réconciliation pacifiée
avec ses voisins,
réside dans ses relations avec
la Grèce et l'Île de Chypre.

*

Envisageons à présent d'autres adhésions potentielles :
la Bosnie-Herzégovine, la Croatie,
la Serbie-Monténégro,
l'ex République yougoslave de Macédoine
et l'Albanie.
Là, ce sont les blessures terribles des guerres
après l'éclatement de l'ex-Yougoslavie
qu'il faudrait voir cicatriser complètement
avant de pouvoir envisager des adhésions à la Communauté Européenne.

La Russie, si nous pensons à des auteurs comme Tolstoï, Dostoïevski,
Tchékhov ou Soljenitsyne,
à des compositeurs comme Tchaïkovski, Rimski-Korsakov ou Prokofiev,
et à la religion chrétienne orthodoxe
très vivace là-bas après les 70 ou 72 ans de ce qui aura simplement été
la parenthèse bolchevique dans l'histoire de ce Pays qui aimait se nommer
"la Sainte Russie",
fait évidemment partie de l'Europe.

Mais nous avons ici un pays dont une vaste partie
n'est pas, géographiquement, européenne :
on parle de "la Russie d'Asie".
Le Général De Gaulle ne voyait l'Europe
que "de l'Atlantique à l'Oural",
c'est à dire jusqu'à la partie occidentale de la Russie.
Il y a aussi le problème
de la puissance militaire russe.
La Russie est l'un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies.
Et puis, notre critère de pacification de la vie politique
et de ritualisation dans la résolution des conflits
se heurte ici
à tout ce qui concerne la Tchétchénie.

Donc, pour l'instant, il est assez facile de dire
que les conditions pour une entrée de la Russie
dans la Communauté Européenne
ne sont pas réunies.
La Russie d'ailleurs n'a pas fait acte de candidature.

D'un autre point de vue,
celui du projet
"Trois statues pour l'Europe",
que j'anime,
la Russie étant le Pays du peintre d'Icônes Andréï Roublev,
et l'Icône intitulée
"Les trois Anges"
ayant joué et jouant un rôle très important dans ce projet,
je souhaiterais,
même si c'est pour l'instant une sorte de vœu pieux,
que les conditions pour une entrée de la Russie
dans la Communauté Européenne
soient un jour réunies.

Notre examen de la situation des 19 candidats futurs
(parce que membres du Conseil de l'Europe)
à une éventuelle entrée dans la Communauté Européenne
étant à présent effectué,
où situer alors
les Frontières de l'Europe ?

L'Europe est une zone de paix et de prospérité économique.
Une certaine maturité politique est nécessaire
pour pouvoir devenir membre de cette Communauté :
il faut avoir acquis l'habitude de régler les conflits
de manière politiquement "ritualisée",
l'habitude d'organiser des élections de façon régulière
l'habitude d'accepter les défaites électorales
sans que cela dégénère en actions de guerre civiles.

Mais si nous définissons l'Europe ainsi :
une zone de Paix et de prospérité économique dont les membres
ont acquis l'habitude de régler leurs conflits
de façon ritualisée
(par des discussions, par des élections
et non pas en faisant assassiner les opposants),
il faut souhaiter que cette zone de Paix,
de prospérité économique et de maturité politique
englobe un jour
tous les Pays de la planète.

L'Europe, comme zone de Paix, serait alors
une sorte de laboratoire du futur
pour une planète pacifiée.

Cette dimension potentiellement universelle,
qui pourrait nous faire dire :
attention, Utopie,
ne nous est pourtant pas étrangère,
à nous Français.
Notre devise "Liberté, Egalité, Fraternité"
est en effet devenue en 1948
un idéal mondialement accepté,
comme le manifeste l'Article Premier de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme :

"Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits.
Ils sont doués de raison et de conscience
et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de Fraternité".

Puisque "tous les êtres humains" doivent
agir les uns envers les autres dans un esprit de Fraternité,
tous les Européens ont également ce devoir.
Or la Paix, la prospérité économique
et le fonctionnement relativement apaisé des institutions politiques
dans les Pays d'Europe
font figure d'Eldorado,
s'ils sont vus depuis les Pays où règnent
les guerres civiles, la misère, parfois la famine.

A cause de la mondialisation,
des usines se délocalisent
et du travail est détruit dans nos Pays.
A cause de la différence Nord / Sud,
profondément ressentie,
nous assistons à des phénomènes d'attraction et d'immigration
de populations venues, par exemple,
d'Afrique Noire, d'Europe de l'Est ou de l'Asie.

Devant ces phénomènes considérables,
et qui semblent dépasser les possibilités de gestion des Etats,
de la colère monte en chacun des Pays d'Europe
et il y a la tentation d'un repli
de la nation sur elle-même,
avec montée des forces nationalistes.
En Hollande, en Pologne, en Hongrie, en France.
Etc.

Devant ces phénomènes de rejet et de crise,
revenons aux commencements.

La construction européenne a donc débuté, en 1951,
par le Charbon et l'Acier,
et s'est généralisée en 1957 à toute l'économie,
avec le Marché Commun,
et la Communauté Economique Européenne.

Jean Monnet, l'un des initiateurs de l'entreprise
dira plus tard, et nous devrions beaucoup méditer cela :

"Si c'était à refaire, je commencerais par la Culture".

Non pas par le Charbon et l'Acier,
ni par le Marché commun,
ni par l'Euro, la Monnaie Unique,
mais par la Culture.

Nous sommes devenus matérialistes.
Alors une grande entreprise comme la Construction Européenne
nous a semblé ne pouvoir commencer que par des réalités matérielles,
par les réalités économiques et financières.

S'il fallait à présent "commencer par la Culture",
comment pourrions-nous constituer
une Communauté Européenne ?
Sur quelle base ?

Qu'est-ce que la Communauté de Culture entre les Européens ?
Leur admiration commune pour nos grands éducateurs,
à savoir
Homère, Virgile et Dante,
Eschyle, Sophocle et Shakespeare,
Léonard de Vinci, Michel Ange et Rodin,
Pythagore, Platon et Descartes,
Molière, Pascal et Hegel,
Voltaire, Schopenhauer et Nietzsche,
Vélasquez, Van Gogh et Monnet,
Balzac, Hugo et Joyce,
Schiller, Goethe et Chopin,
Bach, Beethoven et Debussy,
Mahler, Dostoïevski et Tolstoï,
Charlie Chaplin, Rimbaud et Tarkovski,
Visconti, Cervantès et Rabelais,
Freud, Adler et Jung,
Newton, Marx et Einstein,
etc., etc.

Voilà une petite partie des très grands noms qui, ensemble,
avec beaucoup d'autres,
par leurs œuvres,
par leurs Chefs d'œuvre,
constituent l'Europe de la Culture.

Si l'on regarde "la terre" ou "le terreau" sur lesquels ont poussé
ces arbres gigantesques
sous lesquels aiment à s'abriter les enfants d'Europe,
nous trouvons incontestablement,
en ce qui concerne les débuts de la culture européenne,
la langue grecque,
la romanité et le judéo-christianisme,
puis, plusieurs siècles plus tard,
la Renaissance, la Réforme,
le Siècle des Lumières et la Révolution Française.
Cette dernière, pour nous, a abouti, entre autres, à la devise
Liberté, Egalité, Fraternité.
Et cette devise, à son tour,
par l'intermédiaire de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme de 1948
est devenue,
au-delà de l'Europe,
une sorte de Patrimoine mondial.

Si nous voulions suivre la suggestion de Jean Monnet
(commencer par la Culture),
il faudrait réussir à affirmer l'unité culturelle de l'Europe
de manière consensuelle.
Et s'appuyer sur cette unité
pour donner un fondement solide à la construction européenne.
Un fondement qui ne soit pas seulement économique et financier.
Un fondement qui implique l'affirmation de certaines valeurs.

Et c'est là que, récemment,
nous avons échoué.
Les uns disant : racines chrétiennes de l'Europe.
Les autres, au nom d'une laïcité qui fut autrefois, chez nous,
essentiellement anti-catholique,
refusant obstinément la référence au christianisme.

Sur ce conflit, je voudrais citer ici un philosophe contemporain
qui est un ancien "catho"
devenu athée lors de son année de philo,
André Comte-Sponville.
Pour ceux qui n'auraient rien lu de lui,
procurez-vous son "Petit Traité des Grandes Vertus",
traduit en de multiples langues.

Voici ce que dit, sur l'Europe,
ce philosophe qui se veut sans Dieu :

"J'ai toujours regretté que Jospin et Chirac aient refusé
d'inscrire les racines chrétiennes de l'Europe
dans les textes constitutionnels de l'Union.
Dire que l'Europe est une terre de tradition chrétienne
n'est pas prendre position sur Dieu,
c'est constater une vérité historique.
Isolée de ses racines chrétiennes,
l'Europe n'est plus qu'un grand marché".

Ce texte remarquable commence à unifier les opposés :
il est l'œuvre d'un athée
qui rappelle une vérité historique
en disant que
"l'Europe est une terre de tradition chrétienne".

Prolongeons cela quelque peu :
si l'Europe veut peser sur le cours du monde
et contester par exemple la marchandisation de tout
liée à la mondialisation,
et l'idolâtrie autour du dieu "argent",
il lui faut rappeler ses racines chrétiennes.

Si l'Europe veut faire face aux inégalités Nord / Sud
sans oublier son devoir de Fraternité,
il lui faut se souvenir de ses racines chrétiennes
et aider ses "frères humains" du Sud
à développer leur continent de façon tellement attractive
que ce sera nous, les Européens,
qui désirerons un jour aller séjourner en Afrique
souvent et longtemps.

*

Il nous faut conclure cette longue méditation.

Où sont situées les Frontières de l'Europe ?

En un sens, et c'est là un signe de la grandeur de l'Europe et de sa Mission,
de telles Frontières
ne peuvent être déterminées de façon définitive,

car l'Europe, comme Husserl l'avait si bien énoncé
dans "La Crise de l'humanité européenne et la philosophie",
est, par la science et la philosophie,
le Continent porteur de l'Universel.

Nous avons vu que cette dimension universelle
de ce qui est né en Europe
se retrouve dans la devise
Liberté, Egalité, Fraternité,
française à l'origine,
et devenue aujourd'hui un idéal mondial accepté.

Pour atteindre encore mieux l'Universel qui est son registre,
pour devenir capable de
tenir un jour la bride
aux phénomènes de mondialisation,
pour travailler à résoudre de façon fraternelle et humaine
les questions liées aux rapports Nord / Sud,
il faut que notre Continent soit capable de dire aux autres :
"l'Europe est une terre de tradition chrétienne".

Depuis son athéisme, Comte-Sponville
rappelle les racines chrétiennes de l'Europe.
L'ancien athée tranquille que je suis
a été amené
par un rêve
à proposer aussi une synthèse :
célébrer la devise laïque
Liberté, Egalité, Fraternité
sous la forme de
trois Anges
qui sont en même temps
les Trois Anges de l'Icône d'Andréï Roublev,
ceux qui apparaissent à Abraham et à son épouse Sara
au Chêne de Mambré,
en Terre sainte,
près d'Hébron.

Oui, l'Ange de la Liberté,
l'Ange de l'Egalité,
l'Ange de la Fraternité
sont en même temps,
mystérieusement,
les trois Anges dont il est question
au chapitre XVIII du Livre de la Genèse.

Attestation du caractère synthétique
du triple Monument proposé :
des gens qui se réclament de l'incroyance
ont encouragé ce projet, l'ont soutenu;
ou même y ont adhéré.

Il y a ici une réconciliation toujours et encore à construire
entre la France laïque
(la devise Liberté, Egalité, Fraternité)
et les racines bibliques et chrétiennes
de notre Pays
(avec la remémoration et la célébration,
à Strasbourg,
des trois Anges apparus jadis à Abraham).

En ce qui concerne notre Continent
aux racines chrétiennes et à vocation universelle,
rappelons à présent l'histoire, trop peu connue,
du Drapeau de l'Europe.
Elle va nous permettre, sous un autre angle,
de voir comment le Conseil de l'Europe,
qui a choisi ce Drapeau en 1955,
répondait, lui, implicitement, à la question.

De 1950 à 1955, au Conseil de l'Europe,
101 projets différents avaient été examinés
longuement
afin que tous puissent se mettre d'accord sur un Drapeau..

Monsieur Paul M.G. Lévy,
premier Directeur de Presse du Conseil de l'Europe,
était chargé de faire aboutir le projet de Drapeau.
Ne sachant pas dessiner, il avait fait appel,
pour visualiser les divers projets,
à Monsieur Arsène Heitz,
employé au service du courrier,
et très bon dessinateur.

Lorsqu'il a dessiné le projet
qui a été adopté à l'unanimité,
le Cercle de Douze Etoiles d'Or
sur fond Bleu Azur,
Arsène Heitz, qui était lui-même chrétien,
s'est inspiré des douze étoiles
de la célèbre médaille
liée aux apparitions de Marie à Catherine Labouré,
rue du Bac à Paris,
le 18 juillet puis le 27 novembre 1830.

Pour comprendre ces apparitions,
je propose de considérer d'abord une Icône russe du 15ème siècle.
Elle représente la rencontre d'Anne et de Joachim,
les parents de Marie,
devant la Porte Dorée du Temple de Jérusalem.


Anne-Catherine Emmerick,
béatifiée par Jean-Paul II
un an avant sa mort,
nous fait bien saisir
ce qui a précédé cette scène.

Les parents de Marie étaient des Esséniens
entièrement dévoués
à la possibilité que, de leur mariage,
naisse la jeune fille de la Promesse,
celle qui serait assez pure
pour que le Messie annoncé depuis si longtemps à Israël
puisse venir prendre corps en elle
par la naissance d'un Enfant.

Le couple avait eu un premier enfant,
une fille,
mais ce n'était pas l'Enfant de la Promesse.
Depuis cette naissance de celle qui sera
la sœur aînée de Marie,
le couple était resté stérile
et Joachim avait été offensé à ce sujet.
Il devait avoir gravement péché,
lui avait-on dit,
pour que l'Eternel lui refuse
d'autres enfants.

Suite à cette offense,
Joachim avait même été dissuadé
de franchir à nouveau l'entrée du Temple.
Le couple formé par Anne et Joachim
avait alors décidé,
d'un commun accord,
de ne plus avoir qu'une vie de prières.

La séparation volontaire entre les deux époux dura plusieurs années.
Jusqu'à ce qu'un jour,
alors que Joachim était retiré dans le désert,
en prières,
un Ange lui apparaisse et lui commande de rentrer chez lui
en lui disant :
"Car voici que ta femme Anne
va concevoir dans ses entrailles".

Un message du même genre fut adressé à Anne
et, uniquement motivés par le désir
de rendre possible l'Accomplissement de la Promesse divine,
Anne et Joachim revinrent l'un vers l'autre.
Les deux époux se rencontrèrent devant la Porte Dorée
au Temple de Jérusalem.

C'est suite à cette rencontre que Marie fut conçue.
Pour que l'Accomplissement de la Promesse divine
puisse être rendu possible.

C'est tout cela que l'Icône russe du 15ème siècle
raconte,
montre et suggère à la fois.

Lors de l'apparition du 27 novembre 1830 à Catherine Labouré,
Marie lui demande de faire frapper une médaille
à son image
et de faire inscrire autour de sa silhouette
la phrase suivante :

"Ô Marie,
conçue sans péché,
priez pour nous qui avons recours à vous".

La formule "conçue sans péché",
si souvent mal comprise,
ou ridiculisée,
est un hommage de Marie
à la qualité de l'Amour de ses parents
Anne et Joachim,
lorsqu'ils lui ont donné naissance.

C'est là le contenu de ce qui deviendra
quelques années plus tard,
le 8 décembre 1854,
le Dogme de "l'Immaculée Conception"
de Marie
par ses parents, Anne et Joachim.

Voici donc une reproduction de cette Médaille
où Marie rend hommage à ses deux parents
et à la qualité religieuse de leur amour conjugal.


Ensuite, ce 27 novembre 1830,
le tableau montré à Catherine Labouré a semblé se retourner,
et Marie lui a montré ce qui doit figurer
au revers de la Médaille

la lettre "M",
initiale de Marie,
surmontée d'une Croix.

(Marie a été présente au pied de la Croix de son Fils)

Sous la lettre "M",
deux Cœurs,
celui du Fils,
celui de sa Mère.

Le Cœur de Jésus est couronné d'épines.
Comme sa tête le fut sur la Croix.

Le Cœur de Marie est percé par un glaive,
celui de la douleur immense
d'assister à l'agonie de son Fils crucifié.
C'est aussi le glaive qui lui avait été annoncé
par Syméon
le jour où elle avait présenté son Enfant au temple :

"Et toi-même, une Epée te transpercera l'âme
afin que se révèlent les pensées intimes de bien des cœurs".
Evangile selon St Luc, II, 35.

Au revers de la Médaille,

un Cercle de 12 Etoiles

entoure la lettre
M,
la Croix
et les deux Cœurs,
celui du Fils,
celui de Sa Mère.

*

Ainsi, voilà l'une des origines
du Cercle de Douze Etoiles d'Or
qui figure sur le Drapeau de l'Europe.

Le succès ultérieur prodigieux de cette Médaille,
lorsqu'elle fut frappée et mise en circulation dans le monde entier,
a d'ailleurs été l'une des incitations à la construction,
à Montmartre,
de la Basilique du "Sacré-Cœur"
(le Cœur du Christ, l'un des deux Cœurs de la Médaille
qui avait pris forme devant Catherine Labouré
le 27 novembre 1830).

C'est donc le Cercle de 12 Etoiles entourant cette Médaille dite Miraculeuse
qu'Arsène Heitz avait à l'esprit
lorsqu'il a dessiné le motif
qui, après 5 ans de délibérations,
a fait l'unanimité au Conseil de l'Europe en 1955.

Le lecteur attentif du livre
"Ma rencontre avec le Christ"
de Nahed Mahmoud Metwalli
(Editions F. – X. de Guibert, 1994)
remarquera
(page 36, Note N° 7)
que la médaille de la Rue du Bac
a joué un rôle décisif
dans les évènements très importants que raconte ce livre.

*

En 1955, le Directeur du Service de Presse du Conseil de l'Europe
reconnut, lui,
dans ce Cercle de 12 Etoiles,
les célèbres Versets 1 et 2
du chapitre XII de l'Apocalypse de Jean :

"Un signe grandiose apparut dans le Ciel :
Une Femme ! Le soleil l'enveloppe,
la lune est sous ses pieds,
et

douze étoiles couronnent sa tête.


Elle est enceinte et crie dans les douleurs de l'enfantement".

Dans cette Femme qui a enfanté et dont la tête est couronnée de Douze Etoiles,
toute la Tradition chrétienne a reconnu
Marie.

D'ailleurs, lors des délibérations de 1950 à 1955 au Conseil de l'Europe
à propos du Drapeau,
il fut question à un moment que le Cercle de 12 Etoiles
une fois adopté
se détache sur un fond vert,
couleur de l'Espérance.

Mais là encore l'unanimité s'est faite
autour de la reprise d'une Tradition chrétienne :
la couleur Bleu Azur fut adoptée,
en rappelant que c'était là
la couleur du manteau de Marie
sur les miniatures et les peintures qui la représentent,
au Moyen-Âge.

Si vous allez à Strasbourg,
vous pourrez d'ailleurs y admirer
un Vitrail de Max Ingrand
représentant la Vierge de Helkenheim,
protectrice de la ville de Strasbourg,
revêtue du Manteau bleu azur
et portant la couronne de 12 Etoiles.
Ce vitrail a été offert à la Cathédrale de Strasbourg
le 21 octobre 1956
par le Conseil de l'Europe
en remplacement d'un vitrail qui avait été détruit
au cours des bombardements de 1944.

 

 

*

Quant à la Communauté Européenne,
c'est le 29 mai 1986,
alors que cette Communauté comportait 12 membres
(les six Pays fondateurs,
le Danemark, le Royaume Uni, l'Irlande,
la Grèce,
l'Espagne et le Portugal)
qu'elle fit flotter pour la première fois
le Drapeau aux 12 Etoiles sur fond Bleu Azur
devant les Bâtiments des Institutions Communautaires.

Lorsqu'en 1995, l'Autriche, la Finlande et la Suède
vinrent constituer l'Europe des 15,
on décida de ne pas ajouter trois Etoiles au Drapeau.

On respectait ainsi la signification accordée au chiffre 12
par le Conseil de l'Europe
lorsqu'il a voulu justifier son choix de 12 Etoiles :

"… c'est le chiffre 12 qui est retenu,
chiffre qui constitue un signe de perfection et de plénitude,
évoquant aussi bien les Apôtres que les fils de Jacob,
les Tables du Législateur romain
ou les Travaux d'Hercule,
les Heures du jour,
les Mois de l'année,
les Signes du Zodiaque".

*

Ainsi, le Continent Europe a et n'a pas de Frontières.
Il est, de tradition,
un Continent chrétien,
mais sa vocation, de multiples façons,
est universelle.

Par ailleurs, puisqu'une des plus belles formulations de l'idée laïque
se trouve dans l'Evangile :
"Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu"
(Evangile selon St Luc, XX, 20 à 26),
peut-être que, pour sortir de nos paralysies,
l'Europe pourrait être le laboratoire
où nous aurons à inventer, sous mille et une formes,
ce qui se nommera
un jour
la Laïcité chrétienne.

 

************


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Mars 2016

En France, tout le monde, ou presque, connaît l’admirable histoire de Jeanne d’Arc. Lorsqu’en 1431, elle a été détenue par les Anglais à Rouen, Gilles de Rais et La Hire, deux parmi ses plus fidèles compagnons d’armes, ont eu le projet de la faire évader de sa prison. Et si ces tentatives d’évasion avaient réussi ? Qu’est-ce que cela aurait changé dans notre Histoire ? C’est la réussite de ces tentatives orchestrées par Gilles de Rais, que raconte le roman de Jacques Atlan L’Évasion de Jeanne et ce qui s’ensuivit, un roman qui, en un sens, réactualise ici, en verticalité, l’idée même que nous nous faisons de notre pays.

Lucien Fabre, l’auteur du livre Jeanne d’Arc, paru en 1948 aux Éditions Jules Taillandier, encore dans les émotions et les expériences de la lutte contre l’occupant nazi pendant la Résistance, avait célébré et ressenti comme de l’intérieur la lutte de Jeanne en son temps contre l’occupant anglais.

Une question au lecteur attentif du roman de Jacques Atlan et du livre de Lucien Fabre : comment expliquer les multiples cas, complètement attestés par l’Histoire, où ce que Jeanne avait annoncé à l’avance autour d’elle est ensuite effectivement survenu ?

Pour avoir, peut-être, des nouvelles plus récentes au sujet de Jeanne, vous pouvez aller sur ce site et écouter un peu plus loin, sur RCF Méditerranée, le récit d’un rêve datant de février 1985 où intervient la statue de Jeanne d’Arc, située Place Arnold à Strasbourg, une Place et une statue dont Jacques Atlan ignorait absolument l’existence avant d’avoir fait ce rêve énigmatique qui relie comme en droite ligne, malgré les paradoxes,
la France au temps de Jeanne d’Arc et
la France de la devise Liberté, Égalité, Fraternité.